Pour son premier long métrage, après plusieurs courts remarqués et une maîtrise en philosophie, Vincent Maël Cardona signe "Les Magnétiques", un film d'apprentissage sur fond de radios pirates et de triangulation amoureuse. On le croirait autobiographique alors que le réalisateur était à peine né en mai 1981, date de l'élection de François Mitterrand et scène d'ouverture du film.
Parallèlement à cet espoir d'un monde meilleur promis par la gauche – "espoirs retombés après l'abandon du programme commun et le tournant de la rigueur économique", dit à la RTS le réalisateur –, émerge une contre-culture faite de nouveaux courants musicaux. C'est dans cet univers en pleine effervescence que nous plonge "Les Magnétiques".
"1981 est une époque charnière qui acte le début de ce qu'on vit aujourd'hui. Non seulement, on voit apparaître les prémices de la révolution numérique mais c'est aussi le moment où la jeunesse arrive sur le marché du travail en même temps que le chômage de masse. Et dans cette jeunesse-là, il y a une avant-garde artistique et musicale en rupture totale avec la décennie précédente: elle ne se reconnaît plus dans les promesses de 68, ne croit plus en l'avenir et pas davantage au collectif", explique Vincent Maël Cardona.
Le film est d'ailleurs dédié à deux figures de la musique françaises des années 1980: Gilles Bertin, chanteur du groupe Camera Silens, et Philippe Pascal, leader du groupe Marquis de Sade, tous deux morts tragiquement en 2019.
Des mains magiques pour créer du son
Un jeune homme discret, Philippe (Thimotée Robart), bidouille à l'ombre de son grand frère (Joseph Olivennes) une radio pirate dans laquelle ils font entendre du rock, du punk, de la musique à l'énergie crépusculaire. Alors qu’il doit partir en Allemagne pour son service militaire, Philippe tombe amoureux de Marianne (Marie Colomb), la fiancée de son frère.
De son village de province aux nuits berlinoises agitées, on suit l’histoire de ce garçon qui jongle avec les outils à sa disposition dans les années 1980, dont les cassettes audios, pour créer des sons. Sa dextérité est mise en majesté dans une scène, déjà culte, où on le voit déclarer son amour à Marianne, lui le taiseux, en jonglant en direct avec des sons.
Scénario sur dix ans
"Les Magnétiques" est un petit miracle dans l'industrie du cinéma: né d’un désir d’écriture collective (le scénario a été écrit à douze mains sur dix ans) avec des acteurs peu connus et un réalisateur dont c'est le premier film, qui plus est ambitieux puisqu'il s'agit de reconstituer une époque. "Je le dois à mes deux producteurs, Easy Tiger Films ("Divines" de Houda Benyamina) et Srab Films ("Les Misérables" de Ladj Ly), des gens de ma génération qui savent prendre des risques."
Les risques, Vincent Maël Cardona les a aussi pris au niveau du casting. Il se révèle parfait. Les jeunes acteurs sont éblouissants, à commencer par Thimotée Robart, perchman de métier et dont ce n'est que le deuxième rôle à l'écran (son premier rôle était dans le très beau "Vif-argent" de Stéphane Batut). Joseph Olivennes, fils de l'actrice Kristin Scott Thomas, incarne le grand frère avec des airs de Patrick Dewaere, tandis que Marie Colomb joue le mystère sans artifice. Le tout, gonflé par une bande-son qui capte parfaitement l'ambiance de l'époque.
Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert
Adaptation web: Marie-Claude Martin