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"Une vie" de James Hawes, la glorification d'un héros qui ne voulait pas l'être

Scène tirée du film "Une vie" de James Hawes. [SND]
Débat cinéma - "Une vie" de James Hawes / Vertigo / 5 min. / le 27 mars 2024
Le réalisateur James Hawes a choisi un sujet fort pour son nouveau film sorti le 27 mars. "Une vie" retrace l'histoire vraie de Nicholas Winton, un banquier londonien qui, en 1938, sauve plus de 600 enfants juifs d'une mort certaine. Cinquante ans plus tard, le monde entier découvre un héros désintéressé et modeste.

Banquier londonien, Nicholas Winton découvre lors d'un voyage à Prague les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les réfugiés juifs menacés par l'avancée d'Hitler. En 1938, la capitale de la Tchécoslovaquie est sur le point de tomber aux mains des nazis et Nicholas décide, avec l'aide de sa mère et d'autres humanistes, d'organiser le déplacement des enfants les plus vulnérables dans des familles d'accueil britanniques. Cinquante ans plus tard, cette histoire est dévoilée au monde entier lors d'une émission télévisée.

Force de l'intrigue

"Celui qui sauve une vie, sauve le monde", affirme un proverbe hébreu. Que dire alors de l'action de Nicholas Winton qui a aidé 669 enfants juifs à trouver refuge à l'aube de la Seconde Guerre mondiale?

Pendant des décennies, son histoire est restée inconnue. Elle sera dévoilée au monde entier en 1988, lors d'une émission de la BBC dans laquelle Nicholas Winton est invité à témoigner. Mais ce qu'il ne sait pas, c'est que le public est composé d'une bonne partie des enfants qu'il a sauvés un demi-siècle auparavant.


On l'aura compris, le film "Une vie" tire son épingle du jeu grâce à la puissance de l'intrigue, basée sur une histoire vraie. Les critiques cinéma de l'émission Vertigo du 27 mars ont également apprécié le jeu d'acteur de l'excellent Johnny Flynn, qui incarne Nicholas Winton jeune. Cinquante ans plus tard, il prend les traits d'un Anthony Hopkins bourru et tout en modestie.

Points faibles

Si le film jongle bien entre deux époques distinctes, les années 1930 et les années 1980, sa mise en scène reste classique. Elle constitue un bémol pour le critique cinéma Thomas Gerber pour qui "Une vie" ressemble ainsi à "un téléfilm de luxe produit par la BBC. Pour nous montrer un flash-back triste, on nous montre de la neige qui tombe à gros flocons très très lentement", ironise-t-il dans l'émission Vertigo.

Autre élément gênant selon le critique Rafael Wolf: "On parle sans arrêt d'un personnage qui ne veut pas être héroïque et tout ce que ce film fait, c'est de construire un héros. C'est un peu contradictoire". Et d'ajouter: "Le cinéaste aurait dû se détacher de la vision que les journalistes avaient à l'époque de Nicholas Winton et proposer un regard un peu plus intériorisé".

Sarah Clément

"Une vie" de James Hawes, avec Anthony Hopkins, Helena Bonham Carter, Johnny Flynn, Lena Olin. A voir dans les salles romandes depuis le 27 mars 2024.

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