Le rideau se lève et le logo Netflix paraît. La salle hue. Sans blague. On est à Cannes, on s’y attend: cela fait des semaines que la plateforme de vidéo à la demande irrite le milieu du cinéma pour ne pas avoir prévu de sortie en salle de ses deux films en compétition ("Okja", donc, de Bong Joon-ho et "The Meyerowitz Stories", de Noah Baumbach).
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Arrêt de la projection
Ensuite, ô stupeur, un panneau noir a été descendu trop bas. Il masque le haut de l’écran. Le film commence par un prologue virevoltant. L’actrice Tilda Swinton est au sommet de son art, mais il nous manque le sommet de son front.
En guise de protestation, le public siffle, crie, applaudit. La projection s’arrête enfin. On remonte le maudit panneau et tout rentre dans l’ordre. Mais qui diable a bien pu l’oublier, ce panneau? Qui est le coupable? Il n’y aura pas d’enquête, ce n’est quand même pas la bourde des Oscars.
Bref. Une plate-forme de streaming qui fait polémique, une projo qui s’arrête. Les deux événements n’avaient rien à voir. N’empêche. Difficile de ne pas interpréter l’interruption d’un film polémique comme un acte manqué, un fait exprès qui relèverait de la psychanalyse.
Une comédie burlesque
Et le film, alors? C’est une version lumineuse et drôle de "The Host" (2007), film culte du non moins culte Bong Joon-ho. La première comédie burlesque (et sans doute) de cette compétition. De cette histoire d’aventure et d’amitié entre une fillette et un cochon modifié en géant menacé d’abattoir, le cinéaste Sud-Coréen tire une fable politique et végétarienne, sans moralisme. Presque un film pour enfant. Formellement en revanche, on a connu Bong Joon-ho bien plus inspiré. De là à dire que Netflix conduit au formatage.
Raphaële Bouchet/olhor
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