La musique s’est dématérialisée. Et jamais on n'aura autant publié de livres sur ce sujet. Un joli paradoxe dû aux évolutions très différenciées des marchés de la musique et de l’édition. Toute l’histoire de la pop tient désormais dans une simple application de smartphone et vous pouvez remplir une bibliothèque entière avec les livraisons de l’éditeur Le Mot et le Reste.
Le Mot et le Reste? Parce qu’autrefois l’éditeur Yves Jolivet commandait des mots à des artistes et s’occupait du reste. C’est ainsi qu’est née en 1996 cette maison d’édition marseillaise dont les épais volumes crème barrés d’un titre en rouge ont de quoi ravir les mélomanes les plus exigeants et les plus monomaniaques.
Tous les champs musicaux
Dernières parutions: "John Lee Hooker, Boogie-Woogie Anyhow" par Olivier Renault, 354 pages pour comprendre la vie et l’œuvre de cette légende du blues afro-américain et "Rap, Hip-Hop, 40 années en 200 albums" de Sylvain Bertot, soit une discographie commentée et un essai sur la musique la plus populaire d’Occident, le tout en 500 pages. Et le reste du catalogue se partage entre essais, biographies, mémoires, témoignages et discographies commentées.
Au Mot et le Reste, on parle rock, pop et plus si entente. Soit les musiques contemporaines, le jazz, le folk, les musiques d’ailleurs, voire de l’hyper-espace… Quelques champs labourés par les autrices et auteurs de la maison: la contre-culture russe, le folk breton, l’histoire du hard rock, Moondog, le rock sudiste, le rock japonais, le free jazz, Ligeti, la chanson expérimentale, les musiques du monde arabe, la movida espagnole, la pop italienne, Can, les chansons de Noël, les musiques savantes, la disco, la techno, les Rolling Stones ou encore les musiques occitanes. Y a-t-il un champ musical inexploré chez Le Mot et le Reste? Les musiques éthiopiennes? Elles font partie des projets de prochaines parutions.
"L’édition est venue compenser le recul de la presse musicale"
L’entreprise est ambitieuse. Volume après volume, il s’agit de témoigner et de documenter l’histoire des musiques populaires depuis grosso modo le début du vingtième siècle. Et ceci en livrant des ouvrages de référence accessibles à toutes et tous et suffisamment étayés pour assouvir les fanatismes comme les simples curiosités. Yves Jolivet aime citer Frank Zappa pour mieux le contredire. Le compositeur californien a d’ailleurs, lui aussi, son volume chez l’éditeur aux quelque 250 références: "Les critiques rock sont des gens incapables d’écrire qui interviewent des gens incapables de parler pour des gens incapables de lire".
Mais ça, c’était avant. "L’édition est venue compenser le recul de la presse musicale et la disparition de nombreux titres spécialisés. La curiosité du public n’a pas baissé, bien au contraire. Il veut en savoir plus, avec de l’analyse et du recul. Et il n’y a pas un genre musical qui n’aurait pas ses lectrices et ses lecteurs", relève ainsi Yves Jolivet qui se targue de lire plusieurs fois toutes ses publications et, du coup, possède mine de rien une connaissance encyclopédique des musiques de ces cent dernières années.
Thierry Sartoretti/olhor
Les dernières parutions chez Le Mot et le Reste: "John Lee Hooker, Boogie-Woogie Anyhow", de Olivier Renault; "Rap, Hip-Hop, 40 années en 200 albums", de Sylvain Bertot.