Erwan Lahrer a survécu à l'horreur du Bataclan à Paris au soir du 13 novembre 2015, avec une balle dans la fesse pour s'en souvenir. Il ne voulait pas en parler. Mais il est écrivain et le temps a eu raison de ses scrupules. Avec beaucoup d'intelligence et de force, sans pathos ni pleurs ou plaintes, il se raconte avant, pendant, et après le drame dans "Le Livre que je ne voulais pas écrire". Un livre qui a constitué un véritable défi pour le romancier qui n'avait jamais écrit d'auto-fiction.
C'était pour moi une aventure intime, personnelle, une mésaventure. Puis, je me suis rendu compte que c'était aussi une aventure collective, qu'elle avait touché tout le monde et qu'elle disait quelque chose de notre société. Du coup, cela m'a intéressé comme romancier.
Un sujet sensible
A l'aube du deuxième anniversaire de l'événement, ils sont nombreux à écrire contre l'oubli, pour extérioriser, pour se soigner ou pour témoigner. C'est le cas de Caroline Langlade, Parisienne d'une trentaine d'années qui publie "Sortie(s) de secours", un livre pianoté sur l'écran tactile d'un Iphone, entre deux rendez-vous, dans un taxi, dans un café ou dans son lit.
Blessure invisible
Elle y parle de son attente de trois heures dans une pièce de sept mètres carrés alors qu'elle, et 40 autres personnes, sont prises en otage par les terroristes. Mais elle parle surtout de l'après, de ce que cela signifie d'être victime d'un attentat. Ce soir-là, 90 personnes sont tuées. Caroline Langlade s'en sort vivante, sans blessure mais "bien amochée", comme elle l'écrit aujourd'hui.
Passer la soirée dans une loge avec un groupe connu à boire des coups quand on est fan de musique, c'est ce qu'on appelle une "putain de soirée. Passer la soirée dans une loge avec un groupe d'inconnus à mourir de soif quand on est pris au piège par trois terroristes armés, c'est aussi ce qu'on appelle… une "putain de soirée".
La stigmatisation des victimes
Pas de séquelles physiques mais des séquelles psychologiques. Ce qu'elle appelle "une blessure invisible". A plusieurs reprises, on lui fait comprendre qu'elle n'est pas une "vraie" victime. Cette distinction l'a profondément blessée et mise en colère.
Face au casse-tête administratif auquel elle fait face pour être reconnue et indemnisée, elle décide de créer l'association "Life for Paris" avec d'autres victimes de l'attentat. La reconnaissance de l'État, l'association et elle-même finiront par l'obtenir. Et c'est même le président François Hollande qui signe la préface du livre.
Propos recueillis par Julie Evard et Nadine Haltiner/mg