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L'avant-dernière volée des "Teintus" vitalise la pièce "Anthropologie 13"

"Anthropologie 13" mis en scène par le collectif GdRA (Christophe Rulhes et Julien Cassier). [Les Teintureries]
Lʹavant dernière volée des " Teintus " vitalise la pièce documentaire "Anthropologie 13" / Vertigo / 6 min. / le 7 juin 2022
L'avant-dernière volée sortante de l'école des Teintureries se produit dans le spectacle "Anthropologie 13" vendredi au théâtre du Crochetan à Monthey (VS). Une performance qui traite avec fraîcheur et délicatesse de l’héritage familial de chacun de ces treize apprentis-interprètes.

Les Teintureries, c'est une école de théâtre lausannoise ouverte il y a une trentaine d'années par François Landolt et qui fermera ses portes en septembre 2023. Dirigée pédagogiquement et artistiquement depuis dix ans par l'actrice et metteure en scène Nathalie Lannuzel, l'établissement à sa propre "couleur" (sans jeux de mots) dans le paysage de la scène romande.

Cela passe, selon la pédagogue interrogée par la RTS, par un certain goût de l'altérité: "L'altérité, ce n'est pas seulement l'autre ou demain, c'est aussi hier. Si un jeune étudiant redécouvre un texte qui a traversé des millénaires, il est en droit de se demander: c'est moi là? On parle de moi là? Et en fait oui, les textes classiques parlent de l'humain avec des vieux mots. Ce décalage, cette étrangeté nous permettent de mieux comprendre le présent". La marque de fabrique de son école c'est donc des mots, des mots, des mots. Et cet amour du verbe, elle l'a transmis à plusieurs générations d'acteurs.

"Anthropologie 13"

Sur scène, les treize comédiens décoiffent. Ça chante, ça danse et ça joue. En guise de scénographie, des costumes, des micros et des instruments de musique. La matière verbale? Leurs mots à eux, leurs propres histoires. Ce spectacle retrace une cartographie de leur enfance.

Chacune, chacun est à la fois auteur et interprète de son propre récit. En passant par le Jura, Dakar et le Maroc, les histoires de vie de Philippe Annoni, Julien Blasutto, Aline Bonvin, Pierre Boulben, Hugo Braillard, Paola Dam, Léa Gigon, Eve Mittemperher, Jérémie Nicolet, Djémi Pittet, César Cingy, Joséphine Thurre et Léonard Vautrin dynamitent les yeux et les oreilles du public. Ce spectacle est le fruit d’une rencontre, un laboratoire de trois semaine en janvier 2021 entre le GdRa (groupe de recherches artistiques) et la classe 2022.

Une école de théâtre qui ferme, un "type" de jeu qui se perd?

En Suisse romande, il existe trois écoles de formation théâtrale professionnelles: la Manufacture, une haute école qui délivre un Bachelor reconnu, Serge Martin, une école privée genevoise, et les Teintureries. Étant donné qu'il n'est pas prévu que cet établissement soit repris, sa fermeture signifie la fin d'un enseignement et donc la perte d'un type de jeu.

Les metteurs en scène ont confirmé une certaine habileté chez les élèves de Nathalie Lannuzel: "Les metteurs en scène qui viennent nous voir me disent que c'est flagrant: les élèves maîtrisent les textes, ils n'ont pas peur de raconter des histoires, ni de s'emparer des scènes et de les jouer au premier degré sans forcément casser le récit par un autre récit, ce qui est très à la mode en ce moment…"

L’inquiétude du métier

Cette qualité-là vient de l'enseignement même de la pédagogie de l'école et la perte de cette qualité, d'ici une année, inquiète le milieu de la scène suisse romande. Cette inquiétude, Nathalie Lannuzel ne la partage pas. Elle se fie à ses anciens élèves pour faire perdurer l'âme de l'école: "J'ai confiance dans la globalité des choses, il y a pas mal de jeunes comédiens qui peuvent ouvrir des écoles, créer des spectacles, faire perdurer ce jeu des Teintureries. Le manque crée aussi le besoin. Tant que l'école est là, il y a un confort. Le manque pourra créer une dynamique, un désir".

Layla Shlonsky/ld

"Anthropologie 13", mis en scène par le collectif GdRA (Christophe Rulhes et Julien Cassier), le 10 juin au Théâtre du Crochetan, Monthey.

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