Aux côtés de deux autres défenseurs des droits humains, Erol Önderoglu est poursuivi pour propagande terroriste, apologie d'un crime et incitation à commettre à un crime. Tous trois sont accusés d'avoir pris part à une campagne de soutien à un quotidien kurde en mai 2016. Ils risquent plusieurs années de prison.
Ce représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie depuis 23 ans rechignait jusqu'ici à évoquer son procès, par crainte d'attirer l'attention sur son cas personnel. Rencontré peu avant le verdict par la correspondante de RTSinfo à Istanbul Anne Andlauer, le journaliste franco-turc se dit désormais pressé d'en finir.
Jusqu'à sept ans et demi de prison
"Il est inévitable que le dossier s'approche de vous au fur et à mesure que vous vous approchez du verdict", dit-il lundi dans La Matinale. "Vous prenez conscience qu'il y a des conséquences familiales, professionnelles, peut-être des mois enfermé entre quatre murs."
Erol Önderoglu risque en réalité jusqu'à sept ans et demi de prison. La justice lui reproche trois articles publiés en mai 2016 dans le quotidien Özgür Gündem. Il s'agissait d'un geste de solidarité envers ce journal kurde, menacé à l'époque et finalement interdit après le coup d'Etat manqué de juillet 2016.
Le représentant de RSF a fait état ces dernières années, rapport après rapport, de la disparition de la liberté de la presse et de l'indépendance judiciaire en Turquie. Il ne se fait aucune illusion sur l'issue de son procès.
"On paiera s'il le faut"
Son pays semblait pourtant promis à un tout autre avenir, de son point de vue: "Un pays si dynamique pour le rapprochement avec UE se retrouve à faire un nettoyage idéologique et la société civile, les journalistes critiques prennent leur part de cette répression"; déplore-t-il. "Ce qu'il nous reste, c'est de faire valoir nos droits, nos valeurs. Et on paiera s'il le faut, évidemment."
Dans le dernier classement de la liberté de la presse publié par RSF, la Turquie occupe la 157e place sur 180 pays, soit une chute de 60 places par rapport à 2005, année où l'Union européenne a officiellement ouvert les négociations d'adhésion avec Ankara.
Anne Andlauer/oang