Après plus de deux ans de travail et plusieurs reports, Donald Trump a évoqué mardi depuis la Maison Blanche une "solution réaliste à deux Etats", mais avec de nombreuses garanties territoriales à Israël.
Dans ce texte de 80 pages figurent plusieurs propositions, à commencer par l'annexion des colonies juives existantes en Cisjordanie contre le gel de nouvelles constructions israéliennes. Jérusalem sera la capitale "indivisible" de l'Etat hébreu, qui obtiendrait aussi la souveraineté sur la vallée du Jourdain, plaine agricole militarisée. La feuille de route enterre aussi le droit au retour en Israël des réfugiés palestiniens.
La souveraineté de Jérusalem en question
Les Palestiniens pourraient en échange faire de Jérusalem-Est leur capitale et bénéficieraient de 50 milliards d'investissements internationaux dans leurs territoires sur dix ans. "Ce plan va plus que doubler les territoires palestiniens", a assuré Donald Trump. "Aucun Israélien ou Palestinien ne sera déraciné."
Donald Trump a envoyé une lettre au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, grand absent des négociations, estimant que son plan était "une chance historique" pour les Palestiniens d’obtenir un Etat indépendant. "Je lui ai expliqué que le territoire prévu pour son nouvel Etat resterait ouvert et sans développement" de colonies israéliennes "pendant une période de quatre ans".
L'intéressé a répondu que le plan ne "passera pas". "Il est impossible pour n'importe quel enfant, arabe ou palestinien, d'accepter de ne pas avoir Jérusalem", comme capitale d'un Etat palestinien.
En 1947, l'ONU prévoyait la création de deux Etats distincts, l'un juif et l'autre arabe. Aujourd'hui, les colonies israéliennes, illégales au regard du droit international, mais pas aux yeux des Etats-Unis, ont transformé la Cisjordanie en un morcellement d'enclaves.
Si le plan proposé réjouit Israël, son application semble compromise sans la participation des Palestiniens. Benjamin Netanyahu doit se rendre à Moscou mercredi pour informer le président russe, Vladimir Poutine, des détails du plan de paix américain. Le chef du Likoud demandera dès dimanche à ses ministres d'approuver l'annexion par Israël de parties de la Cisjordanie occupée.
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afp/as/ani
Réactions de la communauté internationale
La feuille de route présentée par l'administration Trump est "une proposition sérieuse", a estimé mardi le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab. Plus tôt, le Premier ministre Boris Johnson avait estimé que le plan "pourrait constituer une avancée positive".
Pour l'Iran, le plan est en revanche voué à l'échec. "Le plan de paix de la honte imposé par l'Amérique aux Palestiniens est la trahison du siècle", écrit le ministère des Affaires étrangères iranien dans un communiqué.
De son côté, la Jordanie dit rechercher "une paix véritable, juste, sur la base d'une solution à deux Etats mettant un terme à l'occupation ayant débuté en 1967, préservant les droits du peuple palestinien et garantissant la sécurité de toutes les parties".
A l'instar des Palestiniens, la Turquie dénonce un plan "d'occupation", "mort-né".
L'Egypte a appelé mardi les Israéliens et les Palestiniens à un examen "attentif" et "approfondi" du plan de paix, afin de parvenir "à l'établissement d'un Etat palestinien indépendant".
L'Union européenne "va désormais étudier et évaluer les propositions avancées", assure le chef de la diplomatie Josep Borrell dans une déclaration faite au nom des 28 pays membres. Mais elle le fera sur la base de ce qu'elle a déjà exprimé, précise-t-il, en appelant à "relancer les efforts dont on a urgemment besoin" en vue de cette solution négociée.
"L’Iran est la principale source d’instabilité au Moyen-Orient"
Pour Brian Hook, principal architecte du plan de paix américain au Moyen-Orient, l’enjeu du texte dépasse le conflit israélo-palestinien. "La politique étrangère et le terrorisme iraniens sont les moteurs de l'instabilité au Moyen-Orient aujourd’hui", martèle-t-il au micro de RTSinfo.
L’émissaire américain pour l’Iran confirme la cessation des opérations de représailles de la part de Téhéran depuis l’exécution du général iranien Soleimani par Washington, le 3 janvier dernier. "Nous avons réussi à restaurer notre stratégie de dissuasion en tuant le général Soleimani, qui est le terroriste le plus meurtrier au monde. Il était l’élément clé qui rassemblait les fidèles de l’Iran au Liban, en Irak, en Syrie, à Bahreïn et au Yémen. Le Moyen-Orient, l’Europe et les autres parties du monde sont plus sûrs parce qu’il n’est plus sur le champ de bataille."
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Et Brian Hook de rappeler les raisons de la présence américaine en Irak. "Nous voulons que le pays soit libéré de la domination iranienne, et empêcher la résurgence du groupe Etat islamique […] Avec le temps, nous pensons pouvoir parvenir à un accord avec le gouvernement irakien et les forces de la coalition."
En tant que représentante des intérêts américains en Iran depuis 1980, la Suisse joue un rôle crucial dans les négociations. "L’ambassadeur est un excellent partenaire", affirme le conseiller politique. "Nous avons un très bon système, qui fonctionne grâce à la confiance et au professionnalisme. S’il y a une urgence, nous allons nous parler directement. S’il s’agit d’un message écrit, les Suisses ont un très bon système crypté qui nous permet de transmettre des informations à l’Iran, et vice versa."
>> L’interview intégrale de Brian Hook, diffusée mardi dans Tout un monde: