L'ancienne Première ministre du Pakistan Benazir Bhutto a tenté
en vain vendredi une sortie pour forcer les barrages de la police
qui l'avait assignée à résidence. Un rassemblement prévu de son
parti n'a pas eu lieu, alors qu'un attentat suicide a fait 4 tués à
Peshawar.
Benazir Bhutto avait opéré mercredi un revirement en appelant à
manifester contre l'état d'urgence instauré il y a une semaine par
le général Musharraf, alors qu'elle négociait depuis des mois avec
lui un accord de partage du pouvoir.
Les Etats-Unis ont accueilli positivement la levée de
l'assignation à résidence. "Nous pensons que c'est positif", a
déclaré le porte-parole du département d'Etat, Sean McCormack. La
Maison Blanche a toutefois encore exhorté le président Musharraf à
revoir l'état d'urgence (voir ci-contre) .
Stoppée trois fois
En début d'après-midi, les centaines de policiers qui cernaient
sa maison l'ont laissée sortir en voiture, avant de la stopper à un
premier barrage. «Je suis votre soeur, je ne suis pas armée, je me
bats pour la démocratie», a-t-elle dit à un officier qui l'a
finalement laissée passer. Mais elle a été stoppée à un second
barrage. «Des femmes de mon parti ont enlevé les barbelés à mains
nues», a expliqué Benazir Bhutto.
L'ex-Première ministre a ensuite été stoppée une troisième fois,
cette fois par des véhicules blindés. «Je ne veux pas que le
Pakistan devienne l'Irak, je dois vous sauver», a-t-elle crié dans
un mégaphone à ses partisans, aux policiers et aux innombrables
journalistes, avant de rentrer chez elle.
"C'est une entrave illégale à sa liberté, c'est une arrestation
illégale d'un leader du mouvement démocratique", avait déclaré le
sénateur Anwar Baig, du parti de Benazir Bhutto, qui se tenait à
l'extérieur de sa résidence.
Un meeting qui fâche
Le meeting du Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de Benazir
Bhutto devait avoir lieu dans l'après-midi. "Nous avons essayé de
la convaincre d'annuler ce rassemblement mais elle n'a pas voulu,
nous n'avons pas eu d'autre choix que de faire respecter les
dispositions" de l'état d'urgence, a commenté un officier supérieur
de la police, sous couvert de l'anonymat.
Les forces de l'ordre avaient invoqué l'interdiction de tout
rassemblement par le décret qui a instauré samedi l'état d'urgence
et des "menaces très précises" d'attentats suicide des extrémistes
islamistes (voir ci-contre).
Finalement, Rawalpindi, la grande ville de la banlieue
d'Islamabad, où devait avoir lieu le rassemblement du Parti du
Peuple Pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto, a été coupée du monde
dans la nuit par quelque 6000 policiers, qui empêchaient toute
réunion.
ats/bri/het
Les USA réitèrent leur appel
"Le président Musharraf devrait annuler l'état d'urgence, fixer une date pour les élections à venir. Il s'est engagé à ce qu'elles aient lieu au plus tard le 15 février", ont communiqué les Etats-Unis vendredi.
"Il a aussi réitéré son engagement à abandonner l'uniforme", a rappelé le porte-parole. "Il devrait faire cette promesse publiquement et fixer une date pour que les Pakistanais sachent qu'ils peuvent s'attendre à revenir effectivement à l'ordre constitutionnel et à la voie de la démocratie".
Le général Musharraf, à la tête du Pakistan depuis un coup d'Etat sans effusion de sang il y a huit ans, s'était engagé en décembre 2003 à démissionner de son poste de chef des armées.
Attentat visant un ministre
Un attentat suicide dans la maison d'un ministre à Peshawar, dans le nord-ouest du Pakistan, a fait vendredi au moins quatre morts et cinq blessés. Le ministre des Affaires politique, Amir Muqam, également le chef du parti du président Pervez Musharraf à Peshawar, "est indemne".
Amir Muqam, un proche du général Musharraf, à qui les islamistes radicaux très actifs dans le nord-ouest du pays et Oussama Ben Laden lui-même ont déclaré la "guerre sainte", le jihad, n'a pas été blessé, a ajouté l'officier.
Il s'agit du premier attentat visant une cible civile au Pakistan depuis l'instauration il y a une semaine de l'état d'urgence par le général Musharraf.