A Taïwan, la culture chinoise est prédominante, héritage de plusieurs siècles de migrations. Après sa défaite dans la guerre civile chinoise en 1949, le Kuomintang, parti nationaliste ayant régné sur la Chine continentale de 1927 à 1949, a dû s’exiler. C’est à ce moment-là que près de deux millions de Chinois seraient arrivés sur l'île. Le parti unique a alors imposé aux habitants une identité chinoise. Avec la démocratisation du pays, cette identité est toutefois constamment remise en question.
Aujourd'hui, bien que les habitants reconnaissent leur ascendance chinoise, ils sont 63% à ne se définir que comme des Taïwanais. Les pressions de Pékin ont contribué à renforcer cette identité.
Au musée national du Palais de Taïwan, près de 700'000 objets chinois, amenés lors de l'exil du Kuomintang, y sont préservés. Certains Taïwanais estiment que l’île n’a jamais fait partie de la Chine, et qu'il faut renvoyer ces antiquités à Pékin. "C’est une aberration", rétorque Lee Suen-cheng, chercheur à la National Policy Foundation (KMT) et membre du parti Kuomintang.
"Tu peux être pour l'indépendance, mais tu ne peux pas exclure la culture chinoise. Si tu la jettes, alors tu n'as plus de culture", affirme-t-il mardi dans le 19h30 de la RTS.
Retour aux langues autochtones
Dans l'une de leurs chansons, le groupe de rapp Kou Chou Ching rend hommage à son île natale, un contre-modèle du régime autoritaire chinois. "Je pense qu'être Taïwanais, c'est être libre de choisir son identité", explique Chill Pi Chu, membre du groupe.
"Peu importe si on a du sang chinois dans les veines, on se dit qu'on est tous Taïwanais", poursuit Liljay Chen, autre membre du groupe Kou Chou Ching.
Le mandarin est la langue officielle, mais le groupe a décidé de chanter en taïwanais. Ce retour aux langues maternelles est d’ailleurs encouragé par le gouvernement.
Sentiment d'appartenance
A l'école de Païwan, dans l'une des 16 tribus aborigènes qui peuplent l’île depuis des millénaires, le parler et la culture autochtone sont ajoutés au programme officiel. "Les enfants développent un sentiment d'identité, de fierté, et l'envie d'en apprendre encore plus", affirme Paules Patjalinuk, enseignante à l’école d’expérimentation culturelle Tjuabar Vusam.
Les autochtones ne représentent que 2% de la population. En sauvegardant ainsi leur culture, le gouvernement promeut un Taïwan avec son identité propre, au risque de contredire Pékin.
Sujet TV: Lucie Barbazanges
Adaptation web: Miroslav Mares