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La Turquie aux urnes pour choisir ses maires, un test pour Erdogan

Elections municipales à Istanbul le 31.03.2024. [AP/Keystone - Emrah Gure]
En Turquie, le pouvoir veut reconquérir Istanbul à l’occasion des élections municipales / Le 12h30 / 1 min. / le 31 mars 2024
Les 61 millions d'électeurs turcs ont commencé à voter dimanche pour choisir leurs maires, un scrutin local à valeur de test pour l'administration du président Recep Tayyip Erdogan qui compte bien reprendre le "trésor national", Istanbul.

Les bureaux ont ouvert en deux temps, dans l'est d'abord puis, une heure plus tard, dans l'ouest du pays dont Istanbul et Ankara depuis 08h00 (07h00 en Suisse).

Il s'est ainsi personnellement investi au côté de son candidat pour Istanbul, un ancien ministre peu charismatique, Murat Kurum, dont le portrait apparaît généralement flanqué du sien sur les bannières électorales.

Istanbul, l'enjeu majeur de ces élections

Il s'agit de laver l'affront de 2019 en délogeant le maire sortant Ekrem Imamoglu, figure de l'opposition qui lui a ravi la principale et plus riche ville du pays et qui, en cas de reconduction sur les rives du Bosphore, fera figure de favori pour prendre la tête de l'Etat en 2028.

Samedi encore, veille du scrutin, Recep Tayyip Erdogan a tenu trois meetings à Istanbul, l'ancienne Constantinople qualifiée de "joyau" et de "trésor national", dont il fut maire dans les années 90 avant de conquérir le pouvoir.

De nouveau, il a insisté sur les manquements, selon lui, de Ekrem Imamoglu qu'il dépeint en ambitieux peu soucieux de sa ville, "maire à temps partiel" obsédé par la présidence.

"Istanbul a été abandonnée à son sort ces cinq dernières années. Nous aspirons à la sauver du désastre" a-t-il lancé avant d'aller prier à la mosquée Sainte-Sophie.

L'opposition en avance dans les sondages

Les sondages donnaient en fin de semaine l'avantage au maire sortant. En mai 2023, ils avaient toutefois prédit une défaite à la présidentielle de Recep Tayyip Erdogan, qui avait pourtant été reconduit avec 52% des voix.

Contrairement aux municipales de 2019, l'opposition part cette fois en ordre dispersé: le CHP (social-démocrate), son principal parti, n'a pas réussi à obtenir le soutien des autres formations, que ce soit à Istanbul en faveur de Ekrem Imamoglu, ou ailleurs dans le pays.

Le parti pro-kurde Dem, en particulier, part en cavalier seul au risque de favoriser le parti au pouvoir, lui-même menacé par endroits par la poussée du parti islamiste Yeniden Refah.

Le CHP veut toutefois y croire: "Nous allons remporter une grande victoire demain, qui ne sera la défaite de personne", a assuré samedi le président du parti, Özgür Özel, déambulant dans Izmir, ville de l'ouest du pays qui devrait rester acquise à l'opposition, tout comme Ankara, la capitale. "A la fin, c'est la Turquie qui va gagner", a-t-il martelé.

Un avant-goût de la présidentielle 2028

Dans un pays confronté à 67% d'inflation officielle sur douze mois et au dévissage de sa monnaie (passée de 19 à 31 livres pour un dollar en un an), les électeurs peuvent être tentés de donner l'avantage aux opposants au chef de l'Etat.

Pour les observateurs, le niveau de la participation, traditionnellement élevée, jouera un rôle déterminant. Notamment à Istanbul si les électeurs se déplacent en moindre nombre pour soutenir Ekrem Imamoglu.

"Si Imamoglu parvient à se maintenir, il aura gagné sa bataille au sein de l'opposition pour s'imposer" comme chef de file pour la prochaine présidentielle, note Bayram Balci, chercheur au Centre d'études et de recherches internationales (Ceri)-Sciences-Po à Paris.

Mais à l'inverse, "s'il arrive à regagner Istanbul et Ankara, Recep Tayyip Erdogan y verra un encouragement à modifier la Constitution pour se représenter en 2028" et briguer un quatrième mandat, relève-t-il.

afp/miro

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 Un mort et douze blessés en marge des municipales

Au moins une personne a été tuée et douze ont été blessées dimanche en Turquie lors d'incidents en marge des élections municipales à Diyarbakir, la principale ville kurde (sud-est), a annoncé le ministère de la Santé.

"Des affrontements ont éclaté entre deux groupes pendant les élections dimanche et ont fait un mort et douze blessés" a également déclaré un responsable, précisant que ces incidents avaient eu lieu dans un village situé à 30 km de la capitale provinciale.