Dans cette plainte déposée en son nom par l'Avocat général de l'Etat, Pedro Sanchez reproche entre autres au juge Juan Carlos Peinado de n'avoir pas respecté son statut de chef du gouvernement en l'auditionnant en face à face, au lieu de le laisser témoigner par écrit, comme il l'avait demandé.
"Cette plainte (...) n'est pas une attaque frontale contre le pouvoir judiciaire", est-il écrit dans le document. "Au contraire, c'est l'expression de la confiance portée au pouvoir judiciaire, seul capable de mettre un terme à un abus, en l'occurrence un abus judiciaire attribuable à l'un des plus de 5000 juges qui exercent leurs fonctions en Espagne".
Non-respect du droit au silence
Lors de l'audition organisée mardi au palais de la Moncloa, résidence officielle du chef du gouvernement, Pedro Sanchez, qui a toujours défendu la probité de sa femme, a fait valoir son droit au silence, la loi espagnole l'autorisant pour les citoyens quand une enquête porte sur leur conjoint.
Le chef du gouvernement espagnol avait tenté la semaine dernière de faire valoir son droit à témoigner par écrit, garanti pour les membres du gouvernement dans la loi espagnole. En vain: la justice avait rejeté sa requête, assurant que le juge Peinado l'avait convoqué comme époux de Begoña Gómez, visée par une enquête pour corruption et trafic d'influence, et non comme Premier ministre.
"On ne peut pas dissocier en deux une personne, et prétendre qu'on va l'interroger comme époux, quand ce qui détermine l'objet de l'investigation (...) est la condition de chef du gouvernement du mari de la personne visée par l'enquête", est-il écrit dans la plainte.
Elle-même convoquée le 19 juillet, mais comme mise en examen, Begoña Gómez avait elle aussi gardé le silence.
Enquête pour corruption et trafic d'influence
L'audition de mardi était la deuxième seulement d'un Premier ministre espagnol en exercice, après celle du conservateur Mariano Rajoy, entendu comme témoin lors d'un procès sur le financement illégal du PP en 2017.
Begoña Gómez, qui dirige un master de management à l'université Complutense de Madrid, est soupçonnée d'avoir utilisé les fonctions de son mari dans le cadre de ses relations professionnelles - notamment avec Juan Carlos Barrabés, un homme d'affaires espagnol.
L'opposition s'appuie sur cette affaire pour multiplier depuis des semaines les critiques contre le Premier ministre, fragilisé par cette affaire mais aussi par l'absence d'une majorité stable au Parlement - l'exécutif dépendant du soutien de divers partis régionaux, notamment indépendantistes, qui s'opposent souvent à lui.
afp/juma