Les premiers requérants devraient arriver en 2018 à la Gouglera, qui sera leur dernier lieu de séjour en Suisse avant le renvoi vers leur pays. Mais peuvent-ils imaginer l'agitation qu'a suscitée l'annonce de leur arrivée en Haute-Singine?
Dans "Accueil forcé à Chevrilles" (à revoir ci-dessus), le journaliste alémanique Rolf Dietrich raconte l'histoire de ce petit village germanophone du canton de Fribourg confronté malgré lui à la question de l'asile et des étrangers.
Un "tsunami"
Racheté à un propriétaire privé par la Confédération, le site pourra accueillir jusqu'à 300 requérants. "Un tsunami de demandeurs d'asile", n'hésite pas à avancer le syndic de la commune, Othmar Neumann, lors d'une réunion d'information publique surchauffée. S'il s'excusera quelques jours plus tard, le ton est donné.
Frustrés d'être mis devant le fait accompli, sans aucune consultation, les habitants s'inquiètent, organisent des feux de protestation et envisagent même la création d'une milice citoyenne, rappelle le film.
Un armailli engagé
Mais cette opposition farouche ne fait pas l'unanimité. Dans la région, plusieurs personnalités appellent au calme et à davantage de compassion. Parmi eux l'armailli Mauritz Boschung - joliment mis en avant dans le documentaire - s'agace de l'image que les Singinois renvoient d'eux-mêmes. "Elle n'est pas représentative de ce qu'on est", estime-t-il.
Il n'y a pas si longtemps, les habitants de la Haute-Singine étaient très pauvres et des centaines d'entre eux ont été contraints d'émiger. On a oublié tout ça
Militant pour une plus grande hospitalité, il montre l'exemple en accueillant des requérants érythréens dans son alpage. Sa façon à lui de montrer qu'"en Haute-Singine, il n'y a pas que des gens qui ont peur".
Juliette Galeazzi