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L'invitation du monde politique à une projection des images de l'attaque du Hamas crispe Genève

Les députés genevois sont invités à visionner un film sur les atrocités du Hamas
Les députés genevois sont invités à visionner un film sur les atrocités du Hamas / Forum / 2 min. / le 30 novembre 2023
L'association Suisse-Israël invite les élues et élus genevois à visionner des images de l'attaque du Hamas. Organisée au Club suisse de la presse vendredi, la projection du film produit par les autorités israéliennes s'est déjà tenue en France et en Belgique, notamment.

Les images du film, qui dure 45 minutes, sont d'une extrême violence, si bien qu'une cellule médicale est organisée par l'association Suisse-Israël dans les locaux du Club suisse de la presse, à Genève.

Contrairement à d'autres pays, la projection est privée et seuls les élus genevois communaux, cantonaux et fédéraux ainsi que certains journalistes y sont conviés, sur la base du volontariat. Très peu d'entre eux ont confirmé leur présence à la RTS.

De nombreux politiciens et politiciennes, situés à gauche comme à droite de l'échiquier politique, considèrent qu'il est inutile de visionner les atrocités commises le 7 octobre par le Hamas.

Une ingérence israélienne?

Certaines et certains représentants genevois dénoncent par ailleurs une ingérence des autorités israéliennes dans le microcosme politique du canton. Les Vert-e-s ont par conséquent décliné l'invitation en bloc.

La gauche et des associations ont lancé une pétition dans le but d'interdire la projection, considérée comme de la propagande. Le Club suisse de la presse essuie, de son côté, de vives critiques, en permettant la tenue de l'événement sans inclure d'analyse ni de mise en contexte.

Crainte sur les sources

Invitée jeudi de l'émission Forum de la RTS, la conseillère municipale en Ville de Genève Paule Mangeat indique qu'elle n'a pas besoin de visionner "des images atroces" pour se rendre compte des événements.

La socialiste regrette aussi le manque d'informations liées à cette projection, dont les sources n'ont pas été vérifiées. "Dans aucun conflit, les images sont la réalité", elles le deviennent seulement après le travail de journalistes et d'écrivains, estime-t-elle.

L'élue craint notamment que les vidéos projetées n'aient pas été filmées le 7 octobre dernier. Par conséquent, elle déclare qu'il "faut garder un esprit critique, attentif, permanent" et refuse de "participer, d'une manière ou d'une autre, aux propagandes de guerres".

"Lutter contre le révisionnisme"

De son côté, Joëlle Fiss, députée PLR au Grand Conseil genevois, se rendra à cette projection. "Le lendemain de l'attentat du 7 octobre", alors qu'"Israël n'était pas encore entré à Gaza", les événements étaient déjà remis en cause et qualifiés d'"inventions pures", de "propagande", explique-t-elle.

La politicienne souhaite par conséquent "lutter contre ce révisionnisme" en "constatant des faits réels", précise-t-elle dans Forum.

Selon elle, les séquences du documentaire sont sourcées et proviennent des vidéos filmées par les membres du Hamas eux-mêmes, par des ambulanciers, mais aussi par des caméras de surveillance situées dans les kibboutz attaqués.

>> Les réactions de Joëlle Fiss (PLR) et Paule Mangeat (PS) dans Forum :

Les élus genevois pourront visionner les images de l'attaque du Hamas: débat entre Paule Mangeat et Joëlle Fiss
Les élus genevois pourront visionner les images de l'attaque du Hamas: débat entre Paule Mangeat et Joëlle Fiss / Forum / 10 min. / le 30 novembre 2023

La tenue d'un débat contesté

Interrogée par la RTS, la directrice du Club suisse de la presse Isabelle Falconnier reconnaît l'existence d'une guerre informationnelle. Elle dit vouloir inclure une dimension de débat à l'événement. Or, selon l'association Suisse-Israël, aucune discussion n'est prévue à la fin de la projection.

D'après le président de l'organisation Victor Gani, le but du film vise à transformer l'événement traumatisant du 7 octobre en repère mémoriel, tout en évitant la désinformation des personnes décisionnaires.

Sujet et interview radio: Charlotte Frossard et Renaud Malik

Adaptation web: Mérande Gutfreund

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