Peur de nous-mêmes?
A l’instar du robot du film 2001 l’odyssée de l’espace, l’IA suscite toujours les mêmes peurs: les robots peuvent-il prendre le pouvoir ou nous remplacer? Alors que ChatGPT, comme les autres ordinateurs intelligents avant lui, n’a pas encore de conscience propre.
Lorsque l’on a des craintes envers un outil, souvent ce n’est pas vraiment vers l’outil que ces craintes sont dirigées. On a peur de ce que des gens peuvent faire de ces outils
La fin du travail intellectuel à la chaîne
Selon une étude de l’OCDE, 14% des emplois risqueraient d'être automatisés, tandis que 32% sont susceptibles d'être profondément modifiés par l’IA. C’est déjà une réalité en Suisse où la compagnie d’assurance Helvetia teste la technologie ChatGPT pour son service client.
"L’avantage de la technologie ChatGPT, c’est qu’elle est disponible 24h sur 24, 365 jours par an. Elle ne prend pas de jours fériés, ne dort pas la nuit… Mais elle a évidemment ses limites. Quand un cas est très spécifique, on ne peut pas encore se passer du conseil humain" déclarait Jan Kundert, responsable de la gestion clients de l'assurance, dans le 19h30 du 27 avril.
Si l’industrialisation promettait moins de travail manuel à la chaîne, l’IA pourrait abolir le travail intellectuel à la chaîne.
"Depuis 2012, en Suisse, on a 70% de plus de taux de burn out. Donc ça veut dire que certains métiers amènent des insatisfactions et des dommages collatéraux. Si l’intelligence artificielle arrive à venir et collaborer avec nous pour qu’on se retrouve vers des métiers qui ont de la valeur ajoutée pour l’humain, c’est génial", estime Laura Tocmakov, directrice générale fondation impact IA, dans le 12h45 du 23 février.
Trier le vrai du faux, un défi
C’est une question qui se pose de manière particulièrement épineuse quand il s’agit de s’informer. Récemment des images du pape en doudoune blanche ou de Donald Trump en prison ont inondé le web. Des images très crédibles et pourtant créées de toutes pièces par le logiciel Midjourney…
Créés et entraînés à plaire et à engager de l’audience, ces robots conversationnels comme ChatGPT inventent des informations qui n’existent pas et ne citent pas leurs sources. L’un des solutions serait de rendre obligatoire le signalement par filigrane des contenus générés par IA.
Garder la main
Pour s’entraîner à répondre de mieux en mieux à nos questions, l’intelligence artificielle doit être nourrie d’une quantité astronomique de données, les nôtres.
Fin mars, des centaines d'experts et géants de la tech ont signé une tribune pour demander une pause de 6 mois dans la recherche. On peut se demander si de la part de ces géants de la tech, cette tribune n’est pas juste une manière de garder le contrôle. Le Financial Time a révélé peu après que l’un de ces signataires, Elon Musk, finançait pourtant sa propre start-up d’intelligence artificielle.
Avec le recul, on se rend compte que l’interdiction ne fonctionne jamais vraiment. En revanche, je pense qu’il est vraiment important de comprendre les enjeux, de les identifier et d’adopter un cadre
En Suisse, le conseiller national Samuel Bendahan (PS/VD) a utilisé ChatGPT pour déposer une interpellation au Parlement sur ChatGPT. Mais c’est l’Union européenne qui est en pointe sur la réglementation de l’IA. D’ici la fin de l’année son IA Act, premier cadre juridique au monde sur le sujet, devrait être sous toit.
"Nous, Européens, pensons que c'est le bon moment, car si on regarde les impacts que l'IA commence à avoir sur nos droits individuels, sur nos sociétés et sur nos démocraties... les effets sont déjà là", explique Dragos Tudorach, eurodéputé renew, rapporteur du projet de loi IA Act pour le Parlement, dans le 19h30 du 27 avril.
Vers une humanité augmentée
Nos peurs ne doivent pas nous faire oublier le bon côté de la médaille… Si on trouve une manière intelligente, transparente et cadrée d’utiliser ces outils, nos vies pourraient bien s’en trouvées améliorées.
La majorité des applications de l’intelligence artificielle, c’est pour notre bien. Dans la médecine, dans le climat, dans la circulation...
En matière d’imagerie médicale, l’IA nous permet d’améliorer considérablement les diagnostics de cancer. Et les potentialités sont immenses sous forme d’application ou de marché. La Suisse et ses hautes écoles ont une carte à jouer
Et vous, dans tout ça?
Consciemment ou pas, vous utilisez déjà l’intelligence artificielle pour trier vos spams, traduire vos textes ou choisir la série que vous allez regarder.
Ce sont des outils. Comme un marteau. On peut tuer des gens avec et pourtant on continue à en vendre… parce que la plupart des gens l’utilisent pour planter des clous.
Claire Burgy
"Ça change quoi pour toi?"
Chaque semaine dans "Ça change quoi pour toi?", Claire Burgy aide à saisir l'impact concret d'une actualité sur votre vie quotidienne. Un nouveau format de RTSinfo pour mesurer l'importance et les conséquences de ce qui se passe dans le monde.