C'est une vidéo textée d'une minute mise en ligne le 29 avril sur Youtube. On y voit Guy Parmelin en visite dans une ferme biologique à Kirchdorf, dans le canton de Berne. Le chef du Département fédéral de l'économie (DEFR) discute avec les exploitants puis déambule au milieu des arbres fruitiers avant de découvrir une ancienne étable transformée en halle pour poules pondeuses.
"L'exploitation biologique de Paul et Marco Messerli serait gravement touchée par l'initiative pour une eau potable et l'initiative sur les pesticides. La production d'oeufs ne serait plus possible et les rendements des cultures fruitières diminueraient. Le Conseil fédéral recommande donc de voter non aux deux initiatives agricoles soumises au peuple le 13 juin", peut-on lire.
Bio Suisse refuse la polémique
Bio Suisse estime que son fameux logo, le Bourgeon, a été utilisé sans autorisation. Dans une lettre recommandée adressée à Guy Parmelin, que nous nous sommes procurée, l'organisation, fâchée, réclame le retrait ou la modification de la vidéo d'ici jeudi 6 mai à midi. "Il est hors de question que Bio Suisse autorise l'utilisation de sa marque ou de son logo dans la campagne pour le double non", écrit-elle.
Contrairement à l'Union suisse des paysans qui rejette en bloc les deux initiatives, la faîtière de défense des agriculteurs biologiques de Suisse soutient officiellement l'un des deux textes, celui qui vise à interdire les pesticides de synthèse. Interrogée par la RTS, Bio Suisse refuse cependant de s'exprimer davantage sur la vidéo, visionnée à peine plus de 500 fois (en trois langues).
Un "amalgame trompeur"
Du côté des partisans de l'initiative contre les pesticides de synthèse, on se montre plus offensif. Des sympathisants ont déposé un recours pour violation des droits politiques dans au moins quatre cantons, Genève, Neuchâtel, Valais et Zurich, a-t-on appris. Ils dénoncent des éléments factuels "gravement erronés" ainsi qu'un "amalgame trompeur" entre les deux objets soumis en votation.
Cette confusion est "volontairement" entretenue par le Conseil fédéral, affirme Stéphanie Hüsler, l'une des co-initiatrices. "Notre initiative s'attaque uniquement aux pesticides de synthèse et n'aura aucune influence sur les exploitations biologiques", poursuit cette juriste et avocate. "Nous attendons de la Confédération qu'elle corrige les informations qu'elle a transmises."
"Nous prenons ces inquiétudes au sérieux"
Face à ces accusations, le Département fédéral de l'économie réfute toute volonté délibérée de faire croire que Bio Suisse est opposée aux deux initiatives. Les services de Guy Parmelin affirment toutefois "prendre les inquiétudes (de l'organisation) au sérieux". "Nous sommes prêts à analyser la vidéo" sur la base des critiques, indiquent-ils, sans préciser s'ils envisagent de retirer le clip.
Valérie Gillioz et Didier Kottelat