Depuis fin juin, la vaccination contre le Covid-19 est recommandée à partir de l'âge de 12 ans. Pour faciliter l'accès des plus jeunes à la piqûre, trois cantons alémaniques - Zurich, Argovie et les Grisons - ont mis en place des actions de vaccination dans les établissements scolaires. Les adolescents qui le souhaitent peuvent ainsi, moyennant l'accord de leurs parents, recevoir l'injection dans l'enceinte de leur école.
En Suisse romande, on se montre plus frileux. Genève est le seul canton à vouloir organiser une telle campagne dans les établissements scolaires de l'enseignement obligatoire, une décision prise tout récemment. Confirmant une information du Temps, les autorités genevoises ont indiqué vendredi à la RTS que le Département de l'instruction publique était sur le point d'envoyer un courrier d'information.
Dans les autres cantons romands, le pas n'a pas été franchi. "Nous avons mené des sondages cet été et nous avons renoncé à proposer la vaccination directement dans les écoles en raison de réserves de la part de ces dernières", confie le médecin cantonal neuchâtelois Claude-François Robert.
Nous recevons des lettres qui vont jusqu'à nous menacer de poursuites devant la justice
"Je ne dis pas qu'on ne va jamais le faire, mais ça nous semble délicat", explique Claudia Lauper-Lüthi, secrétaire générale de la Direction de la santé à Fribourg. "L'école n'est pas un lieu approprié pour la vaccination. Le contexte sanitaire n'est pas bon et il y a un risque que l'enfant subisse une certaine pression sociale, soit influencé", poursuit-elle, à l'unisson des autres responsables de Suisse romande.
Menaces contre des écoles dans les Grisons
Dans plusieurs cantons, on mentionne également l'hostilité très forte de certains parents. "Nous recevons des lettres qui vont jusqu'à nous menacer de poursuites devant la justice", indique Claude-François Robert. A Neuchâtel comme ailleurs, on évite donc d'exacerber les tensions. "La priorité est d'assurer l'accès à la vaccination pour toutes les personnes qui le souhaitent, y compris les enfants", mais en dehors de l'école obligatoire, note le médecin cantonal.
Lundi, les Grisons ont dû annuler une action de vaccination à la suite de menaces dirigées contre plusieurs établissements. Les autorités, qui ont porté plainte contre les auteurs de ces menaces, réfutent toute capitulation face aux anti-vaccins et assurent que la vaccination à l'école sera maintenue. A Zurich et en Argovie, la démarche n'a en revanche pas suscité de telles tensions.
La priorité: les adolescents et les jeunes adultes
Pour améliorer la couverture vaccinale des jeunes générations, les cantons romands misent davantage sur l'information et la sensibilisation. Ils se reposent notamment sur l'Office fédéral de la santé publique (OPFSP), qui a lancé cette semaine une nouvelle campagne d'affichage à destination des jeunes. Une action sur les réseaux sociaux a aussi été menée, avec le soutien de plusieurs stars du sport comme Xherdan Shaqiri, Breel Embolo ou encore Alisha Lehmann. (voir le post Instagram d'Alain Berset ci-dessous)
Ces campagnes s'adressent moins aux enfants qu'aux jeunes adultes. "La vaccination des plus jeunes est importante, mais ce n'est pas la priorité", souligne le coordinateur de la vaccination dans le Jura Ludovic Monteiro. "Le public cible, ce sont les adolescents et les jeunes adultes. Ce sont les potentiels vecteurs du virus les plus actifs et c'est là que se trouve la marge de progression la plus grande", précise Olivier Monteiro, qui relève que l'âge médian des nouveaux cas positifs dans le Jura est de 23 ans.
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Bilan mitigé dans le secondaire II
Dans cette optique, les cantons romands organisent déjà ou vont organiser prochainement des actions de vaccination dans les gymnases, les écoles professionnelles et les hautes écoles. Toutefois, de l'aveu même des autorités, ces opérations ont souvent des résultats très "mitigés", voire se soldent par un "échec".
Il y a clairement une partie des jeunes adultes qui sont opposés à la vaccination
"Soit les personnes sont déjà vaccinées, soit elles sont indécises et continuent de douter, soit elles disent ne pas avoir peur du Covid", déclare Gundekar Giebel, le porte-parole de la Direction de la santé du canton de Berne. "Il y a clairement une partie des jeunes adultes qui sont opposés à la vaccination", renchérit Ludovic Monteiro.
Succès de la vaccination itinérante
La plupart des cantons, en revanche, saluent le succès des campagnes de vaccination itinérante dans les communes. Alors qu'au début la logique était de concentrer les forces dans des grands centres de vaccination, l'idée est à l'inverse d'aller à la rencontre de la population, en particulier dans les zones mal desservies par les transports publics et où l'offre en matière de services de santé (pharmacies, cabinets médicaux, ...) est limitée.
Cette vaccination mobile permet aussi d'augmenter sensiblement la part des vaccinés au sein des jeunes générations, constatent les responsables cantonaux. En effet, vu la forte couverture vaccinale des seniors, la grande majorité des personnes qui bénéficient de ces actions ont moins de 50 ans, dont de nombreux adolescents et jeunes adultes qui n'avaient jusqu'à présent pas pu ou pas voulu franchir le pas.
Didier Kottelat