Après quelques années plutôt calmes, les chiffres de l'asile repartent à la hausse. La Suisse a reçu 24'511 demandes d'asile en 2022, soit 9583 de plus qu'une année plus tôt (+64%), d'après les données du Secrétariat d'Etat aux migrations (SEM) publiées lundi. Il faut remonter à 2016 pour trouver des chiffres plus élevés.
Comme ces dernières années, la plupart des requêtes proviennent d'Afghans, de Syriens et d'Erythréens. La nouveauté, c'est l'afflux important de ressortissants turcs.
Leur nombre a plus que doublé l'an passé, atteignant 4791. Un record dans les données du SEM, qui remontent jusqu'en 1994. Seul l'Afghanistan compte davantage de demandeurs en 2022.
Chiffres records l'automne dernier
Le bond est particulièrement marqué à partir de septembre dernier, comme le montre le graphique ci-dessous. Au même moment, l'Union européenne a également enregistré des chiffres records.
Comment expliquer cette augmentation? Les experts interrogés ne l'attribuent pas à un événement en particulier. Ils relèvent la crise économique que traverse le pays, avec une très forte inflation, et la répression croissante du régime de Recep Tayyip Erdogan.
La chasse aux opposants n'a cessé de se durcir depuis la tentative de coup d'Etat en 2016. Celle-ci vise en particulier les partisans du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'avoir orchestré la tentative de putsch. Et elle semble redoubler d'intensité à l'approche des élections de mai prochain.
Des arrestations par centaines
Récemment, les autorités turques ont procédé à des arrestations en masse d'opposants. Lors d'une opération d'envergure en octobre, plus de 700 personnes soupçonnées d'être liées à Fethullah Gülen avaient notamment été incarcérées.
D'autre part, une nouvelle loi contre les "fausses informations", adoptée en octobre dernier, expose les voix critiques sur les réseaux sociaux à des peines de prison. Ce durcissement touche particulièrement les jeunes.
"Le seul moyen de contestation qui restait pour cette génération, c'était les réseaux sociaux", analyse Ihsan Kurt, expert de la migration. "Les jeunes et la classe moyenne opposée au régime n'ont pas de perspective pour leur avenir."
Taux de protection élevé
Le besoin de protection des Turcs semble reconnu par la Suisse, puisqu'ils sont nombreux à obtenir le statut de réfugié. L'an passé, plus de 70% des demandes d'asile ont été acceptées, alors que ce taux tombe à 30% si on prend en compte les demandeurs tous pays confondus.
Ce chiffre s'explique notamment par le regroupement familial, selon le Secrétariat d'Etat aux migrations. "Une personne qui a obtenu l'asile peut faire venir son conjoint et ses enfants mineurs, donc pour une personne qui a obtenu l'asile, il y en a peut-être trois ou quatre qui vont aussi l'obtenir", détaille sa porte-parole Anne Césard.
Le SEM ne produit pas de statistiques sur les raisons qui permettent d'obtenir l'asile. "L'expérience montre cependant que les partisans du mouvement Gülen, les membres présumés ou réels du PKK, voire de partis politiques légaux, ainsi que les personnes en exil ayant des activités politiques sur les réseaux sociaux sont les plus souvent poursuivies en justice", poursuit la porte-parole du SEM.
Valentin Tombez et Mathieu Henderson
Les gardes-frontière de plus en plus sollicités
Les gardes-frontière sont de plus en plus sollicités face au nombre croissant d'entrées illégales en Suisse.
Nombre de migrants arrivent par la frontière est, côté autrichien, mais aussi depuis le sud, à Chiasso où environ 3000 personnes par mois sont interpellées.