"Les couleurs sont vives, les slogans utilisent le tutoiement ou l'anglais, on trouve des thèmes comme les vacances et la fête, ce sont des éléments qui sont là pour donner envie aux jeunes de consommer ces produits." Pour Luc Lebon, responsable du secteur prévention du tabagisme à Unisanté, le constat est clair: aujourd'hui, la publicité pour des produits comme les cigarettes électroniques ou les puffs cible explicitement un public jeune.
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Noha fume depuis qu'il a 13 ans. Il se souvient très bien de sa première cigarette: "On était à la gare d'Yvonand avec des copains plus grands que moi et j'ai essayé. C'était un effet de groupe, t'es jeune et t'as envie de faire comme les autres." Quand on est jeune, on est plus influençable, l'industrie du tabac l'a bien compris. "Aujourd'hui, il est connu que le tabac est très nocif, déplore Luc Lebon, mais l'industrie essaye de faire oublier cela en associant ses produits avec des aspects cools et faire croire que c'est normal et que beaucoup de gens en consomment, alors que ce n'est pas le cas."
"Elles veulent arrêter, mais n'y arrivent pas."
Ermandina, elle, ne fume pas. Mais à 16 ans, elle a plusieurs amis qui s'y sont mis: "Ils ont commencé avec des puffs, mais maintenant ils fument des cigarettes. La nicotine les a rendu addicts. Certains ont 16 ans, mais d'autres en ont 13."
Sur les réseaux sociaux, il y a beaucoup de publicités qui ne sont pas identifiables comme telles. Cela passe par des placements de produits, des influenceurs. C'est plus discret, mais aussi plus ciblé et plus efficace.
Clara a de la peine pour certaines de ses copines. "Il y en a qui essayent d'arrêter et elles n'y arrivent pas. On voit que c'est une souffrance." À 15 ans, elle a déjà été abordée au centre commercial devant des stands de promotion pour tester du tabac à chauffer, sans qu'on lui demande son âge.
S'il y a bien une forme de publicité qui échappe aux réglementations, c'est celle qui circule sur les réseaux sociaux. Elle prend la forme de placements de produits discrets, de sponsoring véhiculés par les influenceurs et influenceuses, mais aussi de défis à la mode. Sur Tik Tok, les dernières tendances sont au déballage des toute dernières puffs et aux challenges où l'on souffle puis ravale sa fumée. Des vidéos qui sont parfois likées par des centaines de milliers d'abonnés.
Interdire, mais pas partout
En Suisse, le tabac cause en moyenne 9500 décès par année et coûte 3 milliards au système de santé. Au total, 29% des hommes et 23% des femmes fument. C'est 3 à 5% de plus que dans les autres pays industrialisés. La Suisse est aussi plus permissive en matière de publicité pour le tabac. Elle est le seul pays européen à autoriser au niveau national les campagnes d'affichage. Seules les publicités à la télévision et à la radio sont proscrites.
Cependant, plusieurs cantons, comme le canton de Vaud, ont supprimé les affiches de leur espace public, à l'exception de celles promouvant les cigarettes électroniques.
L'initiative "Enfants sans tabac", acceptée en 2022 par le peuple, visait pourtant l'interdiction des publicités dans la presse ou les manifestations, mais elle tarde à être mise en oeuvre (voir encadré).
Sujet radio: Ariane Hasler
Adaptation web : Joëlle Cachin
A quand la mise en oeuvre de l'initiative acceptée par le peuple?
En 2022, la population suisse a accepté à 56% l'initiative "Enfants sans tabac". Deux ans plus tard, le projet est toujours entre les mains des parlementaires à Berne. Les partis ne sont pas encore parvenus à se mettre d'accord sur une révision de la loi.
Selon l'initiative, la publicité pour le tabac doit être interdite partout où elle peut atteindre des mineurs. Cela vise notamment la presse écrite, les manifestations ouvertes aux jeunes et le parrainage d'événements.
Pourtant, la commission de la santé du Conseil national propose d'introduire de nombreuses exceptions. Le comité d'initiative dénonce une atteinte à la volonté populaire. Les délibérations pourraient s'étaler encore jusqu'en 2025 et l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les produits du tabac est prévue pour 2026.