Le chemin vers une carrière de cycliste professionnel est souvent tortueux. A moins de s’appeler Tadej Pogacar ou Remco Evenepoel, des talents bruts comme il n’en existe que quelques-uns par génération, les athlètes doivent longtemps rouler leur bosse dans les catégories juniors (M19) et espoirs (M23) en espérant attirer l’œil d’une formation professionnelle. Celles-ci possèdent de plus en plus souvent une équipe dite "de développement" qui milite au niveau continental (3e échelon), que ce soit en leur nom propre ou dans le cadre d’un partenariat.
Une fois que tu as été repéré, tu peux intégrer une équipe de développement et ensuite, cela va presque tout seul
Deux Romands présents aux Mondiaux de Zurich évoluent dans ces structures intermédiaires, au sein desquelles ils sont traités comme des professionnels, bien qu’ils soient encore au tout début de leur carrière: le Jurassien Arnaud Tendon (Tudor M23) et Ilian Barhoumi. A 19 ans, le Fribourgeois s’était initialement engagé avec la DSM-Firmenich en vue d’intégrer l’équipe de développement, mais un désaccord a mis un terme prématuré à l’aventure, obligeant le Bullois à retourner provisoirement chez son ancienne équipe Decathlon-AG2R depuis début août.
Ilian Barhoumi a été frappé par le changement qui existe entre les niveaux juniors et professionnel. "J’ai senti une grosse différence. Déjà, au lieu d’une année d’écart d’âge, il y en avait trois. Les courses sont aussi plus longues. En juniors, elles durent environ de deux heures trente à trois heures. Maintenant, trois heures trente, c’est le minimum, et cela peut aller jusqu’à quatre heures trente", détaille-t-il en admettant qu'il lui a fallu un temps d’adaptation.
En "Devo", presque des pros
Pour intégrer une équipe de développement, il faut avant tout parvenir à se faire repérer lors des courses juniors. Une bataille permanente qui pousse certains coureurs à jongler avec les limites. "Tout le monde est jeune, motivé et n’a pas forcément peur des risques", explique Arnaud Tendon. A 21 ans, le Jurassien dispute déjà sa quatrième saison dans la structure helvétique Tudor. "Le repérage, c’est l’une des étapes les plus importantes. Une fois que tu as été repéré, tu peux intégrer une équipe de développement et ensuite, cela va presque tout seul", juge-t-il.
C’est marrant, parce qu’on est assez proches d’être des pros, mais c’est aussi assez loin
Membre de l’équipe M23 de la formation de Fabian Cancellara, le natif de Bassecourt a pu constater l’évolution de la catégorie espoirs, qui ressemble désormais à ce qui se pratique chez les élites. "Nous sommes déjà très bien encadrés. Pour moi, c’est la préparation pour passer professionnel", considère-t-il. Il est rejoint en ce sens par Ilian Barhoumi. "C’est marrant, parce qu’on est assez proches d’être des pros, vu que c’est la catégorie suivante, mais c’est aussi assez loin. C’est assez spécial à conceptualiser", reconnaît le jeune Fribourgeois.
Professionnaliser son entraînement
Ambitieux et compétiteur, le Bullois est conscient du travail qu’il lui reste encore à fournir pour gravir ce dernier étage. "Cela passe par une professionnalisation de mon entraînement. C’est le gros palier par rapport au niveau junior. Il faut s’entraîner mieux, manger mieux et tout faire mieux pour espérer arriver pro un jour", appuie-t-il humblement. Même ainsi, une place n’est pas garantie. La concurrence est en effet rude, y compris au niveau helvétique, où la structure Tudor ne peut inévitablement pas engager tous les cyclistes suisses.
Les Mondiaux permettent aussi aux futures stars de la petite reine helvétique de se faire un nom. Un exploit dans la course en ligne M23 cet après-midi (en direct dès 12h45 sur RTSsport.ch) peut donc constituer un véritable accélérateur pour lancer une carrière.
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De Zurich, Bastien Trottet